La dengue et le chikungunya peuvent être
transmis conjointement à une même personne par un seul moustique porteur des deux
virus responsable de ces maladies. La démonstration vient d’en être apportée au Gabon par des chercheurs français de l’Institut de recherche pour le développement (IRD)
travaillant en collaboration aveceurs collègues du Centre international de
recherches médicales de
Franceville.
Cette information apporte un nouvel éclairage sur les mécanismes et la dynamique de la
transmission à l’homme de ces deux agents pathogènes. Elle apporte aussi de
nouveaux arguments quant à la nécessité d’intensifier la destruction des populations de moustiques,unique moyen de prévention dans les pays concernés.
Au cours des vingt dernières années, le chikungunya et la dengue ont causé de graves épidémies dans plusieurs pays tropicaux.
La dengue, quant à elle, touche chaque année environ cent millions
de personnes à travers le monde. Ces deux maladies sont rarement mortelles, mais le
nombre élevé de cas, les symptômes (fièvre, douleurs articulaires, mauxdetête,signes cutanés)et lespossibles séquelles font qu’elles sontconsidérées aujourd’hui comme
des problèmes majeurs de santé publique dans de nombreux pays d’Afrique,
d’Amérique du
Sud et d’Asie.
Les deux virus ont été pour la première fois isolés dans les années 1950, en Afrique de l’Est pour le chikungunya et en Asie du Sud-Est pour la dengue. Un demi siècle plus tard, aucun vaccin
préventif n’a encore été mis au point. On a pendant longtemps pensé que les
transmissions virales se faisaient par le biais de piqûres du moustique
Aedesaegypti.
Maison a récemment observé qu’un autre moustique assez proche, Aedes albopictus (ou « moustique tigre »), pouvait également être associé aux épidémies de dengue et de chikungunya.
Dans l’étude qui vient d’être publiée par la revue
Emerging Infectious Diseases, les chercheurs de l’IRD et leurs collègues gabonais apportent la première démonstration moléculaire que le moustique Aedes albopictus peut
désormais,surleterrain, transmettre les deux virus lors de la même piqûre
sanguine.
Ces travaux ont notamment été menés à partir d’observations entomologiques et de prélèvements biologiques effectuésentre mars et août 2007, lors
d’unedouble épidémiedechikungunya et de dengue survenue au Gabon, premier phénomène
de ce type observéen Afrique. Provoquée par
Aedes albopictus (qui, dans ce pays, est parvenu à supplanter Aedes aegypti), cette épidémie avait
touché 20 000 personnes.
Les chercheurs ont par ailleurs isolé la souche des deux virus et caractériséentièrementleur génome.
Il apparaîtainsique le virusdu chikungunya retrouvé au Gabon présente une mutation
génétique caractéristique que l’on retrouve depuis peu sur les souches virales des îles de l’océan Indien (Réunion, Maurice et Madagascar).
On l’avait également retrouvée lors d’une petite bouffée épidémique observée en 2007 en
Italie.
Pour les chercheurs de l’IRD, l’apparition d’une même mutation
dans différentes régions du monde suggère que le virus est parvenu à s’adapter au «
moustique tigre » devenu, ainsi, son principal vecteur.
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